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Le récap’ de la présidentielle — Qui promet quoi sur l’IA ? — État des lieux au 18 septembre 2026

Investissement, calcul, administration, régulation ou sobriété : derrière un même discours de souveraineté, candidats et partis proposent des IA très différentes.

# Derrière la promesse de souveraineté, quelle IA pour les Français ?

L’intelligence artificielle n’est plus un simple chapitre « innovation » dans la campagne présidentielle. Elle devient un choix de société : combien investir, quelles infrastructures construire, quelles tâches automatiser, quels droits protéger et qui doit contrôler les outils ?

Au 18 septembre 2026, plusieurs candidats et partis ont commencé à répondre. Tous ou presque parlent de souveraineté, mais ils ne mettent pas la même chose derrière ce mot. Gabriel Attal privilégie l’investissement et l’adoption par les entreprises. Édouard Philippe insiste sur les capacités européennes. Bruno Retailleau veut transformer l’administration et la sécurité. Jean-Luc Mélenchon défend une régulation publique et internationale. Les Écologistes placent au premier plan le droit de refuser certains usages et leur coût environnemental.

Ce premier bilan est cumulatif : il rassemble les propositions rendues publiques jusqu’à cette date. Il ne s’agit pas de mesures appliquées, mais d’engagements de campagne dont le niveau de précision, le financement et les garde-fous restent très variables.

Gabriel Attal : investir massivement et accélérer l’adoption

Gabriel Attal propose un plan « France 2040 » de 200 milliards d’euros consacré à l’IA et à l’innovation, financé à parts égales par le public et le privé. Son objectif affiché est de faire de la France la première puissance européenne du secteur et de la rapprocher des États-Unis et de la Chine.

Le dispositif reposerait notamment sur les contrats et la commande publique plutôt que sur les seules subventions. Pour diffuser l’IA dans les PME et les entreprises de taille intermédiaire, il propose également un crédit d’impôt « productivité » destiné à financer son adoption.

Attal fixe par ailleurs l’objectif de former 20 millions de salariés à l’IA d’ici 2030. Il souhaite revoir en profondeur l’AI Act européen, qu’il juge trop contraignant pour les entreprises, et porter à l’échelle européenne une politique commune de l’IA comparable, dans son principe, à la politique agricole commune.

Le montant est précis, tout comme sa répartition entre capitaux publics et privés. Le financement public demeure néanmoins un point de débat. Attal évoque des économies structurelles, dont un gel de prestations sociales, ainsi que la mobilisation de l’épargne et de la capitalisation retraite. La question n’est donc pas seulement de savoir combien investir dans l’IA, mais aussi quels arbitrages budgétaires et sociaux permettraient de réunir cette somme.

Édouard Philippe : doubler le calcul et acheter européen

Édouard Philippe place la souveraineté à l’échelle européenne. Il propose de doubler les capacités de calcul en cinq ans, de soutenir les acteurs du continent et d’instaurer un « Buy European Tech Act ». Les États membres pourraient regrouper une partie de leurs achats technologiques et donner une préférence aux solutions européennes dans la commande publique.

Son programme prévoit aussi un accès préférentiel à l’énergie décarbonée pour les acteurs français et européens, ainsi qu’une simplification du cadre juridique de l’IA, sans abandonner une régulation éthique ni la protection des enfants.

Sur l’emploi, Philippe propose un droit à la reconversion pour les métiers menacés par l’automatisation. Il veut également faire passer le nombre d’ingénieurs formés chaque année de 40 000 à 100 000 en cinq ans.

L’approche est cohérente sur le plan industriel : calcul, énergie, talents et débouchés publics sont traités ensemble. Mais les documents consultés ne donnent pas encore le coût complet du doublement des capacités ni les critères précis de la préférence européenne. Le droit à la reconversion devra lui aussi être traduit en financement, en formations disponibles et en droits réellement opposables pour les salariés.

Bruno Retailleau : automatiser l’État et renforcer la sécurité

Bruno Retailleau veut placer l’IA au cœur de l’action publique. Son programme, présenté le 7 juillet, prévoit un assistant administratif unique baptisé « Marianne », destiné à guider les citoyens dans leurs démarches.

Selon ses estimations, l’automatisation pourrait supprimer jusqu’à 40 % des tâches répétitives des fonctionnaires. Elle permettrait de redéployer 125 000 agents vers le terrain et de ne pas remplacer 125 000 départs à la retraite sur cinq ans. Son programme avance 15 milliards d’euros d’économies annuelles, pour un effort d’environ 25 milliards sur cinq ans. Ces chiffres sont des projections politiques, pas des économies déjà démontrées.

Cette proposition rend très concrète la question de l’emploi public. Une baisse des tâches administratives peut libérer du temps pour l’accueil et le service rendu. Elle peut aussi conduire à réduire les effectifs avant d’avoir mesuré la fiabilité des outils, leurs besoins de contrôle et leurs effets sur les personnes éloignées du numérique.

Sur la sécurité, Retailleau souhaite autoriser les caméras intelligentes dans un cadre qu’il présente comme strict et contrôlé. Il propose aussi des dérogations temporaires au RGPD et à certaines dispositions de l’AI Act pour des projets sélectionnés par l’État. Ici, le débat porte directement sur les garde-fous : quels usages seraient autorisés, pendant combien de temps, avec quel contrôle indépendant et quels recours en cas d’erreur ?

Jean-Luc Mélenchon : réguler mondialement et développer des capacités publiques

Début septembre, Jean-Luc Mélenchon a proposé une conférence mondiale sous l’égide de l’ONU afin de réguler l’IA. Au niveau national, il défend une autorisation préalable de mise sur le marché pour les systèmes déployés, l’application du principe de précaution et le développement de capacités publiques contrôlées démocratiquement.

Cette ligne se distingue par la place accordée à la puissance publique : il ne s’agit pas seulement de faire émerger des entreprises françaises, mais de construire des moyens directement maîtrisés par la collectivité.

La doctrine reste toutefois en construction. Les déclarations consultées ne précisent pas encore le budget, le statut des infrastructures publiques, le périmètre exact des autorisations ni leur articulation avec le droit européen. La conférence mondiale pose aussi une difficulté pratique : une régulation internationale peut fixer des principes communs, mais son efficacité dépendrait de la participation et du contrôle des grandes puissances technologiques.

Les Écologistes : droit de retrait, traçabilité et sobriété

Le programme publié par Les Écologistes en juillet propose un « AI Act II ». Celui-ci intégrerait un droit au retrait de l’IA dans les logiciels, renforcerait la régulation des systèmes à haut risque et des grands modèles, et augmenterait les moyens européens consacrés au contrôle des acteurs du numérique.

Le parti défend également le marquage des contenus générés, la traçabilité des données d’entraînement et la rémunération des œuvres protégées utilisées pour entraîner les modèles. Sur le plan environnemental, il veut privilégier des modèles proportionnés aux besoins plutôt qu’une course systématique à la taille et à la puissance de calcul.

Cette approche introduit une question peu présente dans les autres programmes : un citoyen ou un salarié doit-il toujours accepter une fonctionnalité d’IA intégrée à un logiciel ? Le « droit au retrait » donne une direction, mais sa mise en œuvre reste à détailler. Faudrait-il maintenir une alternative sans IA dans chaque service ? S’appliquerait-il aux logiciels professionnels, aux services publics ou aux deux ? Et à quel coût ?

Ces propositions sont celles des Écologistes. Elles ne peuvent pas être attribuées automatiquement à l’ensemble de la gauche ni à un éventuel candidat commun.

Le cas du RN : utiliser l’IA pour faire campagne

Le Rassemblement national a annoncé le développement d’un agent conversationnel destiné à ses cadres, porte-paroles et militants. L’outil doit être alimenté avec le programme présidentiel en préparation, les discours de Marine Le Pen et Jordan Bardella, les tribunes du parti et ses votes à l’Assemblée nationale.

Son objectif est d’aider les responsables à maîtriser la ligne du mouvement, préparer leurs interventions et répondre rapidement pendant la campagne. Jordan Bardella l’a présenté comme un moyen de rendre le programme plus accessible aux cadres.

Cette annonce doit être traitée séparément : elle décrit un usage partisan de l’IA pour gagner une élection, pas une politique publique proposée aux Français. Les sources consultées confirment le développement annoncé de l’outil, mais pas son déploiement effectif à grande échelle. Elles ne fournissent pas non plus, dans ce cadre, de programme présidentiel précis du RN consacré à la régulation, à l’investissement ou aux services publics numériques.

L’usage électoral soulève ses propres questions : qui vérifie les réponses du chatbot, comment sont arbitrées les contradictions du programme et les militants savent-ils quand une formulation provient de la machine ? Ces questions se poseront à tous les partis qui adopteront des outils comparables.

Derrière un même mot, des projets très différents

Le mot « souveraineté » réunit presque tous les discours, mais masque plusieurs choix :

  • Attal met l’accent sur le capital, l’adoption dans les entreprises et la dérégulation européenne ;
  • Philippe articule calcul, énergie, préférence européenne et reconversion ;
  • Retailleau fait de l’administration et de la sécurité les principaux terrains d’application ;
  • Mélenchon privilégie l’autorisation publique, les capacités nationales et la gouvernance mondiale ;
  • Les Écologistes insistent sur le refus de certains usages, la transparence, les droits d’auteur et la sobriété.

Aucun programme ne peut encore être considéré comme complètement bouclé. Les montants les plus élevés ne disent pas toujours comment les dépenses seront réparties. Les promesses de productivité ne prouvent pas à elles seules les économies annoncées. Les droits nouveaux restent parfois dépourvus de modalités pratiques. Quant aux orientations générales, elles devront être traduites en textes, budgets et institutions.

Pour comparer sérieusement les propositions à mesure que la campagne avance, quatre questions seront décisives : qui finance les infrastructures, qui bénéficie des gains de productivité, quels recours sont ouverts aux citoyens et quelle consommation de ressources est jugée acceptable ? C’est à cette aune que l’on pourra déterminer non pas qui promet le plus d’IA, mais quelle IA chaque camp prépare réellement pour les Français.

Sources & prolongements

Gabriel Attal — présentation du plan France 2040Édouard Philippe — priorités officielles sur l’IA et la souveraineté technologiqueLes Républicains — entretien de Bruno Retailleau sur son programme IALes Écologistes — programme de juillet 2026Jean-Luc Mélenchon — déclaration du 4 septembre 2026France Inter — projet de chatbot du Rassemblement nationalLa Dépêche — comparaison des propositions des candidatsSynth — analyse du programme IA de Bruno RetailleauSynth — état de la doctrine de Jean-Luc Mélenchon et LFIFranceinfo — projet d’outil IA du RN pour la campagne

Texte préparé avec l’aide de l’IA. Les références permettent de retrouver les éléments factuels ; les exemples et les pistes de travail sont des propositions éditoriales.

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